JOUONS SUR TERRE...

Terre battue traditionnelle

Au sens littéral du terme, la terre battue était au 16ème siècle une aire de jeu où les gens de cour évoluaient sur un sol aplani et dépourvujoueuse sur terre battue traditionnelle de végétation, afin de tenter de se renvoyer une pelote de cuir à l’aide d’un long manche terminé par une sorte de panier plat.

Ce n’est qu’à la fin du 19ème siècle que deux Anglais en villégiature sur la côte d’azur, les frères Renshaw eurent l’idée de recouvrir d’argile pilée le court de gazon naturel  qui leur permettait de pratiquer le tennis, dont les règles avaient été établies aux Indes quelques années plus tôt par un  compatriote, le Major Winfield.

Il est possible que ce soit en empruntant le chemin qui menait à l’une des poteries qui ont fait la réputation de Biot, que les deux frères ont eu l’idée de recouvrir leur aire de jeu favorite de brique pilée.

Ainsi naissait la terre battue connue aujourd’hui dans le monde entier pour sa couleur ocre rouge.

 

 

 

 

Si c’est bien en France que l’on peut revendiquer la naissance des surfaces tennis revêtues de brique pilée, la technique de construction s’est différenciée en traversant les frontières.

La plupart des pays évoluent sur des courts en terre battue constitués par différentes couches de brique en granulométrie décroissante jusqu’à obtention d’une surface fine. La terre battue Française a connu une toute autre évolution, initiée dès 1911 par Charles Bouhana.

Natif de l’Oise, ce génial ingénieur paysagiste, a en effet démontré l’intérêt du calcaire de sa région (le craon de l’Oise) revêtu d’une fine couche de brique pilée, technique reconnue aujourd’hui par les joueurs du monde entier comme la meilleure surface du genre.

Ce n’est que quelques années plus tard, lorsque lui a été confiée  la construction des premiers courts du stade Roland Garros en 1925, que Charles Bouhana a compris l’intérêt de l’emploi du mâchefer de cokerie (résidu de brûlage de charbon de coke), en sous couche de son craon de l’Oise.

La technique de la terre battue française était parfaitement au point, jamais démentie plus d’un siècle plus tard.

Le matériel de construction a évolué avec la terre battue, les surfaces de jeu s’avèrent aujourd’hui plus fermes et par conséquent plus rapides, compactées non plus avec des rouleaux manuels mais des engins à moteur.

Le respect de la terre battue, jouable sept à huit mois par an en région tempérée, l’entretien quotidien et annuel, auxquels  une touche d’artisanat  peut paraître désuète, la présence de quelques faux rebonds, sont autant de petites contraintes qui feront toujours partie intégrante de la terre battue traditionnelle.

 

FOND DE FORME :

 

Dressé plat, le fond de forme répondra aux exigences de portance et après compactage, sera doté d’une nappe géotextile 150 grammes par m² qui permettra la répartition de la charge des matériaux et évitera l’enfoncement de la fondation dans le sol.

fond_de_forme

DRAINAGE :

 

 Le fond de forme d’une terre traditionnelle doit être drainé (sauf configurations exceptionnelles, sable, etc..). Trois adducteurs PVC longitudinaux diamètre 80 mm et un collecteur diamètre 100 mm constituent le réseau drainant.

drainage

FONDATION :

 

Constituée de cailloux concassés non gélifs 20/40 mm maillés par une grave 0/30 filtrante et compactable l’ensemble sur une épaisseur de 18 centimètres, la fondation assure l’assise du tennis.

fondation

COUCHE DYNAMIQUE MACHEFER :

 

Elément essentiel de la constitution d’une terre battue traditionnelle, le mâchefer de cokerie (résidu de brûlage de charbon de coke), de granulométrie 0/30 mm, sera mis en œuvre sur une épaisseur minimale de 5 centimètres. Le mâchefer permet de conserver une partie des eaux de pluie ou d’arrosage pour les restituer à la couche de jeu et préserver sa souplesse.

machefer

CHAPE DE JEU :

Mise au point il y a presque 1 siècle, la chape de jeu d’une terre battue traditionnelle française est constituée d’un calcaire spécifique finement broyé de granulométrie 0/2 mm et d’une épaisseur de 6 centimètres. Compactée et rabotée afin d’obtenir une parfaite planimétrie, la chape de jeu est prête à recevoir son revêtement de finition, la brique pilée.

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BRIQUE PILEE :

Issue du broyage de briques soigneusement sélectionnées pour leur finesse d’argile et de coloris, la brique pilée, de granulométrie 0/1 mm est finement étalée en couches d’imprégnations successives et sur une épaisseur de 2 à 3 millimètres. La brique pilée permet la « glisse » du joueur et la bonne visibilité de la balle.

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LIGNES DE JEU :

Si l’usage veut que les lignes d’une terre battue traditionnelle soient tracées par une peinture au latex sur une base d’huile de lin recuite, certains profils PVC conviennent également au tracé des lignes de jeu.

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 CONSEILS SUR LA TERRE BATTUE

Cette surface de jeu est sans aucun doute la plus pérenne des revêtements tennis tous confondus. Il n’est pas rare de rencontrer des terres battues âgées de 50 ans ou plus. Tout est une question de respect et d’entretien.

La terre battue est extrêmement durable et rien d’irrémédiable ne peut lui arriver. Tout est « réparable » doté de quelques outils basiques. Un gros trou par exemple peut aisément être rebouché même en l’absence de matériau : il suffit de gratter un peu de matière en fond de court près d’un grillage sur quelques mètres carrés pour récupérer quelques seaux de calcaire nécessaire au rebouchage. Ne jamais oublier que la brique pilée ne se compacte pas et que seul le craon peut convenir à une reprise de trou.

Un orage qui transforme le court en piscine la veille d’un championnat n’est pas une catastrophe : quelques trous de 10 centimètres de profondeur à l’aide d’une barre à mine et jusqu’à la couche de fondation sauront en quelques heures rapidement évacuer le surplus d’eau.

Quel que soit le dommage, une sage réflexion saura sans nul doute répondre à la solution à adopter afin de redonner de la superbe à une terre battue. Afin de vous aider, ci-après quelques conseils d’entretien courant.

 La « Terre Battue » est incontestablement la plus belle surface de jeu… Aimez la, soignez la, ce n’est pas si complexe, et elle vous le rendra bien !

 –       Le matin, 1/2 h avant le jeu, passer le filet traîneau (de préférence en chanvre), balayer les lignes (balai poils de coco) et arroser sans excès (dix minutes maximum en arrosage manuel, une minute et demi en automatique).

 –       Une ou deux fois dans la journée (vers 11/12 h et 16 h), renouveler l’opération, l’arrosage étant alors réduit à une simple pulvérisation sur la surface (deux minutes en manuel, 30 secondes en automatique, par côté de court). Il est en effet préférable de privilégier l’arrosage le soir afin de ne pas « glacer » et ainsi durcir la surface de jeu.

 –       Dès le coucher du soleil, passer le filet traîneau en prenant grand soin de reboucher au pied les éventuels trous provoqués par les impacts de raquettes ou les glissades des joueurs. Cette opération doit être faite avec beaucoup d’attention, notamment les premières semaines suivant la mise à disposition des courts fraîchement refaits, ceux-ci étant encore tendres. Balayer les lignes, arroser copieusement. La surface doit « briller » sans pour autant se transformer en marécage (1/2 h d’arrosage manuel à pression plus ou moins 4 bars est normal, 5 à 7 minutes en arrosage automatique suffisent).

 –       Après une grosse pluie d’orage, laisser sécher le court plusieurs heures si nécessaire. La surface ne doit pas s’enfoncer sous la pression des doigts, de plus de l’épaisseur d’une pièce d’un Euro. Si besoin est, ou si votre court n’est pas doté de caniveaux longitudinaux, percer la chape sur les côtés à l’aide d’une barre à mine, afin d’évacuer les flaques résiduelles. Si le court est doté de bordure, percer celle-ci éventuellement afin de permettre l’écoulement d’eau.

 –       Il est à noter qu’un court neuf absorbe moins bien les eaux qu’une surface ayant déjà subi le « dégraissage » naturel du calcaire par les effets des pluies, vents et gels hivernaux. Il y a donc lieu, si besoin est, d’aider l’évacuation des eaux de pluie stagnant en surface en perçant le calcaire jusqu’au mâchefer.

 –       Si le temps amenait une pluie durable, et dès son arrêt, après disparition des flaques, rouler le court (cylindre manuel 300/350 kg) éventuellement en finissant toujours dans le sens de la longueur (deux passes croisées suffisent généralement).

 –       Si nécessaire, faire un apport de « rouge » (deux brouettes maximum, soit plus ou moins 200 kg) en le répandant à la volée et à la pelle. Cette opération est notamment nécessaire après les orages qui ont tendance à « laver » la surface, ou bien encore par temps très sec lorsque le vent souffle la brique pilée. Rappelons que la brique pilée ne se répand que sur un court préalablement humidifié.

 –       Par temps très sec, forte chaleur, ou vent du Nord, arroser copieusement la surface, laisser réessuyer (la chape de jeu est toujours humide mais dépourvue de flaques d’eau) 1/2 h et épandre 50 kilos de chlorure de calcium en pastilles sur tout le court afin de conserver la chape de jeu souple. Ne jouer qu’après une quinzaine d’heures environ, afin de laisser aux pastilles de chlorure le temps de se dissoudre. Afin d’assurer une bonne présentation de la surface, effectuer, avant le jeu, 2 ou 3 passes de filet traîneau et balayer les lignes.

 –       Une fois par mois, balayer ou racler au rabot le rouge excédentaire en dépôt sur la périphérie du court et évacuer en décharge. Profiter de cette occasion pour passer le rabot sur les zones de jeu les plus fréquentées, à savoir lignes de fond de court et volée. Cette opération sera exécutée de préférence par temps humide.

 –       Un court neuf rejette toujours dans les premiers temps une multitude de petits éléments blancs qu’il est nécessaire de balayer 2 à 3 fois par mois, ce pendant les premiers mois de mise en service du court. Ce phénomène va bien entendu en diminuant pour s’éliminer totalement dès la 2ème saison de jeu du court.

 –       L’entretien d’un court en terre battue couvert se fera sur le même principe, étant bien entendu que les fréquences d’arrosage seront diminuées en fonction du degré d’évaporation et de filtration du court.

 –       Un court destiné à recevoir une bulle gonflable ne devra pas être couvert si la surface de jeu s’avère trop humide, au risque de provoquer un phénomène de condensation difficile à éliminer. De même, l’arrosage sera pratiquement éliminé pendant l’hiver pour les raisons évoquées ci-avant et pour éviter tous risques de gel si la bulle n’est pas chauffée.

On donnera privilège à un traitement au chlorure de calcium une semaine avant le montage de la bulle, afin de maintenir une hygrométrie correcte des chapes de jeu au long de l’hiver.

 N.B.

 –       L’arrosage manuel, dans la mesure d’une bonne pression d’eau, doit se faire au moyen d’une lance type « maraîchère », pomme toujours en l’air afin de ne pas provoquer de trous sur la surface de jeu. L’eau doit être dispensée en pluie.

 –       L’entretien doit se faire en chaussures de tennis exclusivement, les chaussures de jogging ou autres étant fortement proscrites.

 –       Les brouettes d’apport de rouge doivent avoir des pneus souples et gonflables afin de ne pas marquer la surface de jeu.

 –       L’apport de chlorure de calcium se fera toujours dans une brouette afin de ne pas ponctuellement détériorer la surface par une surcharge trop importante du produit sur le court.

 

 Entretien de la terre battue traditionnelle

Comme tout terrain stabilisé, les courts en terre battue traditionnelle sont sensibles au gel et la nature même du calcaire composant la chape de jeu, oblige à une remise en état annuelle et généralement printanière visant à différents travaux décrits ci-après.


NETTOYAGE GENERAL :

Le court doit être débarrassé de la brique pilée excédentaire et les lignes de jeu, peintes ou PVC enlevées.

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DECOMPACTAGE :

Afin de libérer l’humidité enfermée au cours de l’hiver, la chape de jeu sera soigneusement décompactée au croc à fumier ou à la herse alternative à l’exclusion de tout engin de type motoculteur dont les effets comportent le grand risque de remontées de mâchefer.

decompactage  

REPROFILAGE :

Les mottes libérées par la herse seront brisées au râteau et les profils du court repris par le passage du rabot manuel. Un profil de 5 à 7 mm/m de part et d’autre d’un axe longitudinal sera donné au court pour permettre aux eaux de pluie une évacuation vers les côtés du terrain.

reprofilage  

COMPACTAGE :

 

Pour autoriser la bonne pratique du jeu, le court sera compacté au rouleau moteur n’excédant pas 600 kilos, par cylindrages successifs dans les deux sens du court, à l’exclusion de toute action de vibration du rouleau.

compactage  

COLORATION :

 

La coloration du court est effectuée par incorporation de fines couches de brique pilée (1,5 à 2 tonnes) en phases successives et en alternant les opérations de compactage.

coloration  

TRACE DES LIGNES :

 

Si l’usage veut que les lignes d’une terre battue traditionnelle soient tracées par une peinture au latex sur une base d’huile de lin recuite, certains profils PVC conviennent également au tracé des lignes de jeu.

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